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Peut-on oublier un abus sexuel de l’enfance ?

Une personne ayant été victime d’un abus sexuel dans son enfance peut-elle vraiment oublier cet événement traumatisant et le retrouver, parfois de nombreuses années plus tard ?

Si vous posez la question autour de vous, il est probable que les gens vous répondront que non, ça n'est pas possible, on ne peut pas oublier un événement aussi marquant. Cette réponse parait logique et sensée.

Et pourtant, cette question a donné lieu à des querelles d’experts parfois violentes dans les années 80 et elle continue, encore aujourd’hui, à diviser les psychologues qui travaillent sur les traumatismes et la mémoire.

Ceux qui rejettent la possibilité que des abus sexuels de l’enfance puissent être oubliés font appel à trois grandes déductions qui sont en fait illogiques.

La première de ces déductions est de dire que si un événement a été oublié, c’est qu’il ne peut pas avoir été traumatique.

La seconde affirme que si un événement apparemment traumatique a été oublié, c’est qu’en fait il ne s’est jamais produit.

Enfin, la troisième déduction avance que si un événement traumatique semble avoir été oublié, c’est que la personne se trompe sur son oubli, et qu’en réalité, elle a oublié s’en être déjà souvenu.

Vous allez voir qu’on progresse vers une plus grande acceptation de ce phénomène d’oubli traumatique, même si nous n’avons pas encore toutes les clés pour le déchiffrer.

Qu'en est-il en 2022 ?

En effet, de nombreuses études de psychologie sont venues confirmer ce qu'on sait depuis le 19e siècle : on peut oublier et retrouver plus tard des souvenirs de traumatismes, notamment des abus sexuels de l'enfance.

Mais on peut aussi oublier d’autres sortes de traumatismes, comme une catastrophe naturelle, un accident, un traumatisme de guerre, un kidnapping, un acte de torture ou un internement dans un camp de concentration.

Oublier un abus sexuel : comment l'expliquer ?

Alors, comment peut-on oublier des événements aussi marquants et destructeurs ?

Et bien je vais d’abord vous rappeler quelques mécanismes qui sont connus depuis longtemps et qui peuvent expliquer en partie ce phénomène troublant.

Des mécanismes bien connus

Pendant très longtemps on a pensé que l'oubli était un phénomène passif.

Soit parce que le souvenir se dégrade avec le temps qui passe, soit parce qu’il y a des phénomènes d'interférence, ou soit parce que le contexte, l’environnement a changé, par exemple quand on déménage. 

Je vais juste vous dire un mot sur les théories de l’interférence qui montrent que si je me rappelle une information qui concerne un sujet particulier, et bien j’aurai du mal à me souvenir d’une autre information concernant le même sujet.

Il y a deux variétés d’interférence : proactive et rétroactive.

Dans l’interférence proactive, une information ancienne, que je connais depuis longtemps, perturbe ma capacité de retrouver une information que je connais depuis plus récemment. Par exemple, le nom de jeune fille d’une amie d’enfance m’empêche de retrouver son nom de femme mariée, que je connais depuis peu, car c’est son nom de jeune fille qui surgit sans arrêt dans mon esprit.

Par contre, dans l’interférence rétroactive, c’est l’inverse : une information nouvelle perturbe ma capacité de retrouver une information ancienne : le nouveau nom de femme mariée de mon amie m’empêche de retrouver son nom de jeune fille.

Imaginons maintenant une situation d’abus sexuel imposée à un jeune enfant par un cousin plus âgé. L’enfant intègre dans sa mémoire les situations d’abus avec d’autres situations plus agréables qu’il a pu vivre avec ce même cousin, par exemple d’aller à la piscine.

Il peut alors mémoriser l’association cousin-piscine en y pensant souvent alors qu’il ne va presque pas penser à l’association cousin-abus sexuel, soit parce que le cousin lui a interdit d’en parler ou parce qu’il cherche tout simplement à l’oublier.

Selon les théories de l’interférence, en se rappelant l’association cousin-piscine, cela va diminuer la capacité de l’enfant à se rappeler l’association cousin-abus, donc l’abus lui-même.

D’autres mécanismes actifs d’oubli

Mais il y a d’autres mécanismes, plus actifs, qui permettent à un enfant d’oublier un abus sexuel.

Habituellement, plus on est confronté à des rappels d'un événement, plus cet événement se grave dans notre mémoire. Si un enfant est abusé régulièrement par son père, le fait de voir son père tous les jours constitue pour lui un rappel permanent des abus qu’il subit. Cela devrait conduire l'enfant à se souvenir tout le temps des abus que son père lui inflige.

Or c'est l'inverse qui se passe. Comment est-ce possible ? Et bien il y a deux sortes de mécanismes qui permettent l’oubli.

Penser à autre chose

Pour ne pas penser à l'abus malgré les rappels constants, l'enfant doit trouver un moyen d'empêcher que le fait de voir son père réactive le souvenir de l'abus. Il doit donc apprendre à penser à autre chose en le voyant.

Et c’est possible si en présence de son père l'enfant pense volontairement à des choses qui sont sans rapport avec l'abus.

Et si l’enfant apprend ainsi à utiliser des pensées distractives, il sera moins souvent conscient des abus. Leur  mémorisation sera perturbée, ce qui pourra aboutir à leur oubli.

La suppression de la récupération

Mais il y a mieux. Confronté à son père, l'enfant n'a même pas besoin d'avoir recours à des pensées de distraction pour ne pas penser à l'abus et parvenir à l'oublier.

Imaginez la situation suivante : vous voulez attraper une plante sur le rebord de votre fenêtre, mais maladroitement vous la renversez et elle commence à vaciller, au risque de tomber. Automatiquement, vous faites un geste pour la rattraper. Mais en même temps, vous vous rappelez qu'il s'agit d'un cactus. Aussitôt, votre geste de récupération est bloqué, pour éviter les désagréments que je vous laisse imaginer ! Il y a eu "suppression de la récupération" du cactus.

On sait maintenant qu'on peut utiliser le même type de processus de contrôle inhibiteur quand un souvenir pénible est en train d'être récupéré dans notre mémoire pour l'amener dans notre conscience mais qu’on n’en veut pas.

La suppression de la récupération, en ce qui concerne des souvenirs douloureux, repose donc sur le même phénomène. Nous pouvons éviter d'attraper nos cactus mentaux.

Ce processus que les chercheurs ont appelé "la suppression de la récupération" est un phénomène actif qui est produit par l’envie d'oublier les événements désagréables de notre vie : j’arrête la récupération de ce souvenir autobiographique pour réduire la conscience que j’en ai.

Bizarre non ?

Tout le monde a constaté que plus on se rappelle un bon souvenir, mieux on s'en souvient. Vous êtes d'accord avec ça ! Le rappel d'un souvenir agréable améliore sa mise en mémoire.

Et là, je suis en train de vous dire que plus on cherche à exclure un souvenir de notre conscience, c’est-à-dire à ne pas y penser, mieux on va l'oublier !

Ce constat est troublant car il est contraire à notre intuition. Mais il met en évidence l'influence puissante de notre motivation sur notre mémoire.

Car la différence entre les deux situations, c'est notre motivation. Dans le premier cas, je veux retrouver ce bon souvenir, et dans le second cas, je ne veux pas y penser.

Ainsi, il semble clair que nous avons la capacité d'empêcher des souvenirs non désirés de nous revenir à l'esprit, ce qui fait que les souvenirs qu’on évite deviennent plus difficiles à rappeler plus tard.

Pour une fois, Freud avait raison ! Il a défini la répression comme ''simplement la fonction de rejeter et de garder quelque chose hors de la conscience''. Les études plus récentes montent bien que dans certaines circonstances, une répression volontaire peut se produire.

Un souvenir oublié peut-il influencer la personne ?

Une autre question passionnante découle de ces recherches. Est-ce qu'un souvenir, qui ne peut pas être récupéré dans la conscience, peut quand même avoir une influence sur notre comportement, nos pensées, nos émotions, mais de manière inconsciente ?

Et bien la réponse est oui., et on le voit tous les jours avec nos patients. Les recherches en laboratoire le démontrent aussi. Si je suis confronté à un stimulus, par exemple une odeur ou la forme d’un visage, stimulus qui est relié à un événement pénible dont je n’ai aucun souvenir conscient, je peux quand même ressentir des émotions, ou des sensations ou avoir des comportements particuliers qui sont en réalité liés à cet événement dont je n’ai pas le souvenir.

Les souvenirs retrouvés sont-ils exacts ?

Enfin, un autre question tout aussi importante. Les souvenirs qui sont récupérés après une période d'oubli sont-ils tous exacts ? Il semble peu probable, pour les chercheurs, que ces souvenirs soient restés totalement intacts au fil des années. Ils peuvent être déformés, fragmentés, et reconstruits. Ce qui ne veut pas dire qu’ils sont faux !

Des preuves en neuro-imagerie

Ce qui est intéressant, c'est que les chercheurs ont montré, en plaçant les personnes étudiées dans une IRM que ce processus de contrôle inhibiteur fait intervenir le cortex préfrontal. Et c'est la même région du cortex préfrontal latéral qui permet aussi d'arrêter, de supprimer, une réponse motrice. Rappelez-vous le cactus de tout à l'heure ! Une personne qui aurait une lésion de son cortex préfrontal latéral n'aurait pas pu s'empêcher d'attraper le cactus quand il était sur le point de tomber. Aie !

Et les chercheurs ont montré que l'activation de notre cortex préfrontal latéral réduit l'activité liée au souvenir dans l'hippocampe, qui est la structure cérébrale bien connue pour son rôle dans la mémoire. Le souvenir désagréable ne peut donc pas devenir conscient.

Et l'hippocampe n'est pas la seule structure à être touchée par ce processus inhibiteur. L'amygdale, qui contrôle les émotions, semble aussi perturbée.

Pas tous égaux

Bien sûr, tout le monde n'a pas les mêmes capacités à supprimer les mauvais souvenirs. Certains sont très bons, et d'autres très mauvais ! Cette différence semble liée à la capacité que nous avons d'utiliser notre cortex préfrontal latéral pour inhiber la récupération de ces souvenirs indésirables. Ce sont les études en neuro-imagerie qui le démontrent.

Et cette capacité d'inhiber les mauvais souvenirs est liée également à la capacité de notre mémoire de travail. Plus celle-ci est importante, mieux on peut contrôler nos mauvais souvenirs.

Mais cette capacité d’inhibition est aussi liée à l'expérience : les personnes qui ont vécu des événements traumatiques sont meilleurs pour empêcher ces événements de venir les perturber, que ceux qui n’en n’ont pas vécus. Plus vous pratiquez, plus vous améliorez vos mécanismes d'inhibition !

Encore une différence. Celle liée à l'âge. Les jeunes sont meilleurs que les plus âgés pour contrôler leurs mauvais souvenirs et les empêcher de revenir à la conscience.

Enfin, la privation de sommeil n'arrange pas non plus les choses. Or les personnes traumatisées sont souvent insomniaques. Elles ont donc moins de capacité pour empêcher l'irruption dans leur conscience de leurs souvenirs traumatiques.

Pour résumer

On a donc vu qu'on peut faciliter l'oubli d'un souvenir indésirable en pensant à autre chose lorsqu'on est confronté à un rappel de ce souvenir pénible. Un enfant victime d'abus par un proche et qui est donc confronté en permanence à des rappels de cet abus peut apprendre à penser à d'autres souvenirs vécus avec son abuseur chaque fois qu'il est en sa présence.

Mais l'enfant peut aussi, et avec la même efficacité, inhiber tout simplement la récupération du souvenir d’abus. Et cette inhibition restera efficace quel que soit le stimulus qui pourrait rappeler le traumatisme.


Bibliographie

LEVY, Benjamin J. et ANDERSON, Michael C. Individual differences in the suppression of unwanted memories: The executive deficit hypothesis. Acta psychologica, 2008, vol. 127, no 3, p. 623-635.

BELLI, Robert F. (ed.). True and false recovered memories: Toward a reconciliation of the debate. Springer Science & Business Media, 2011.

Honte et abus sexuels

J'ai décrit dans ma vidéo précédente les différences entre la honte et la culpabilité, même si on les retrouve souvent réunies.

Quand on se sent honteux, on se regarde à travers les yeux d'un autre qui nous juge, qui nous critique.

Mais cet autre qui nous rejette, c'est nous-mêmes !
C'est pour ça qu'on peut très bien se sentir honteux tout seul. On n'a pas forcément besoin des autres pour rougir de honte !

C'est quoi la honte ?

Les personnes qui souffrent d'une honte chronique croient qu'elles sont fondamentalement défectueuses, mauvaises, dégoûtantes, ou même diaboliques.

Elles condamnent ce qu'elles font ou ne font pas.
Elles condamnent leur apparence physique, qu'elles se jugent laides, trop grosses, ou disproportionnées.
Elles condamnent ce qu'elles ressentent, que ce soit de la colère, de la tristesse, de l'excitation sexuelle ou de la peur.

Bref, elles condamnent qui elles sont, dans leur totalité.

La honte c'est donc un sentiment d'infériorité, d'inadéquation, d'incompétence et d'impuissance. C'est ce qu'on éprouve quand on se sent abandonné, rejeté ou critiqué, que ce soit vrai ou que ce soit simplement une impression.

Et la honte provoque le silence, le repli sur soi, l'envie de disparaitre jusqu'à mourir de honte.

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Honte et culpabilité : le couple maudit des émotions

Si je vous demandais de définir la honte et la culpabilité, vous auriez probablement quelques difficultés à le faire.

Rassurez-vous, même des experts utilisent ces deux mots sans faire vraiment de différence, l'un n'allant souvent pas sans l'autre. Honte et culpabilité forment ce qu'on pourrait appeler le couple maudit des émotions !

Et dans la vie de tous les jours, la majorité des gens préfèrent parler de culpabilité dans des situations où le mot honte serait plus approprié. Comme si notre société était phobique de la honte ! Vous comprendrez mieux pourquoi tout à l'heure.

Deux groupes d'émotions

Considérons un premier groupe d'émotions : l'embarras, la jalousie, la fierté, la culpabilité et la honte. Ce sont des émotions sociales, que vous connaissez évidemment.

Maintenant, prenons des émotions comme la peur, la joie, la colère, la tristesse ou le dégoût, que vous connaissez tout autant.

Qu'est-ce qui différencie ces deux groupes d'émotions ?

Un animal ressent de la peur, de la joie, de la tristesse, de la colère ou du dégoût sans être conscient qu'il les ressent. Et l'enfant, autour de 8 mois, aura ressenti toutes ces émotions plusieurs fois.

Mais pour se sentir fier, jaloux, embarrassé, honteux ou coupable, on doit être capable d'introspection, d'être à la fois spectateur et juge de la situation. C’est-à-dire qu'on doit avoir conscience de soi, de son existence, de ses pensées et de ses ressentis.

Et pour ressentir ces émotions sociales, nous devons d'abord développer dans notre enfance un ensemble de normes, de règles et de buts qui nous serviront de modèles pour évaluer nos comportements. Ces normes, règles et buts dépendent évidemment de la société dans laquelle on a grandi, de notre culture, de notre famille et de notre âge. Et nous pouvons commencer à les construire vers l'âge de trois ans.

Évaluation positive ou négative d'un événement

Alors que se passe-t-il quand nous sommes confrontés à un événement ?

Et bien nous allons l'évaluer, en fonction de nos propres normes, comme étant positif ou négatif, comme un échec ou un succès.

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Parties dissociatives qui imitent l’agresseur : ennemies ou alliées ?

Il arrive que des enfants soient battus, humiliés ou agressés sexuellement de multiples fois.

Ces traumatismes entraînent des conséquences qui seront très variables d’un enfant à l’autre.

Mais souvent, pour survivre, ces enfants doivent se dissocier. Le traumatisme crée des divisions dans leur personnalité qu’on appelle des parties de la personnalité.

Parties émotionnelles, parties apparemment normales, parties qui imitent l’agresseur : voyons à quoi elles correspondent.

La théorie structurale de la dissociation

Chaque partie de la personnalité réagit et se comporte d'une manière qui lui est personnelle. Chacune a ses propres idées et ses propres émotions. Et chacune perçoit les sensations corporelles et tout ce qui vient de l'extérieur à sa façon. Tout ceci pour dire que chaque partie est très différente de toutes les autres.

Elles ont souvent la certitude d’exister en tant que parties totalement séparées et autonomes. Et ce sens de l’autonomie est très variable, pouvant aller jusqu’à posséder un âge précis ou un prénom par exemple.

Mais attention ! Ces parties ne correspondent pas à des personnes ou à des personnalités à part entière. Il n’y a en réalité qu’une seule personne, même si elle-même ne le ressent pas toujours comme ça !

Ce modèle de la dissociation s’appelle la théorie structurale de la dissociation. Et pour mieux comprendre, je vous encourage à lire l’article et à regarder la vidéo sur la mémoire traumatique et les parties dissociatives dans mon blog.

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C’est quoi la dissociation ?

Vous vous intéressez aux traumatismes psychologiques, et vous avez déjà entendu ou lu le mot dissociation.
Mais, en fait, c’est quoi la dissociation ?
Je vais faire mon possible pour vous éclairer !

Le mot dissociation a plusieurs sens.
Il désigne plusieurs concepts qui sont très différents, ce qui entraine évidemment un peu de confusion.

Plusieurs significations pour un même mot

Quand vous vous laissez aller dans un état hypnotique léger, dans une rêverie, ou quand vous avez de la fièvre ou que vous êtes sous l’emprise d’une drogue, on parle de dissociation.

Quand le psychotique délire ou se comporte d’une manière bizarre, on parle de dissociation.

Quand une personne souffre d’un stress aigu, d’un stress post-traumatique, d’une amnésie dissociative ou d’un trouble dissociatif de l’identité, on parle aussi de dissociation.

Je vais surtout vous parler de la dissociation traumatique, celle qui peut survenir lorsqu’on est confronté à un événement traumatisant.
Et cette dissociation est très particulière : elle entraine une fragmentation de la personnalité.

L'intégration

Pour mieux comprendre la dissociation traumatique, c’est plus facile de partir de son opposé, c’est-à-dire l'intégration.

L'intégration, c'est l'association harmonieuse des différentes fonctions de notre personnalité.
Habituellement, vous êtes capables de vous adapter à des environnements très différents. Pour y arriver, votre personnalité doit être non seulement stable et prévisible, mais également flexible. Et pour réussir cette prouesse, vous avez besoin de plusieurs capacités, qu’on peut appeler des processus ou des fonctions : vos perceptions et vos sensations, votre mémoire, vos émotions, vos pensées, le sens de votre identité, le contrôle des mouvements de votre corps ou de votre comportement.

Grâce à toutes ces fonctions, vous agissez de manière cohérente et coordonnée, adaptée à la situation que vous vivez, et en ayant conscience que tout au long de la journée, vous restez toujours la même et unique personne. Ça c’est l’intégration. Toutes les fonctions de votre personnalité travaillent de manière harmonieuse.

La dissociation

Mais quand survient une interruption temporaire des fonctions qui vous permettent de percevoir le monde autour de vous, de vous rappeler votre passé ou de posséder une seule identité qui relie votre passé à votre avenir, alors on parle de dissociation.

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Trois stratégies pour survivre face à un parent maltraitant

En ces périodes de confinement, nous savons que les maltraitances infantiles ont énormément augmenté. Les enfants maltraités utilisent parfois une ou plusieurs stratégies pour survivre, que nous allons un peu détailler.

Tout le monde sait maintenant que les maltraitances infantiles sont fréquentes et nombreuses. Une personne sur trois serait victime de maltraitance dans son enfance. On distingue d'un côté les abus, et de l'autre les négligences.

Les abus consistent à faire à l'enfant ce qu'on ne devrait jamais lui faire, par exemple le battre, l'humilier ou l'agresser sexuellement.

Les négligences décrivent les situations où on ne fait pas à l'enfant ce qu'on devrait lui faire, par exemple le nourrir, le soigner ou l'aimer.

Le système d'attachement

Lorsque l'enfant souffre et exprime un besoin, par exemple d'être calmé, nourri, ou rassuré, c’est-à-dire un besoin de contact, de réconfort et de sécurité, il active son système d'attachement.

Ce système biologique et comportemental est inné. Il permet de réguler l'état émotionnel. Dès sa naissance, l'enfant pleure, crie, puis tend les bras, s'agrippe au parent afin que celui-ci vienne à son aide et réponde à son besoin. Alors seulement son système d'attachement se désactive : il arrête de pleurer, de crier ou de s'accrocher, il s'apaise, se détend et s'endort.

Mais les parents maltraitants ne répondent pas de manière adaptée aux besoins de leurs enfants. On sait que de tels parents ont très souvent été victimes de pertes ou de traumatismes dans leur enfance. Ils ont donc souffert de traumatismes d'attachement qui les empêchent de répondre de manière adaptée aux besoins et à la détresse de leurs enfants. Ils ont tendance à se retirer et à se désinvestir de leur rôle de donneur de soin.

Chez les parents maltraitants

Un enfant qui souffre, qui a faim, qui a peur, active son système d'attachement. Face à cette dépendance et cette vulnérabilité de l'enfant, le système d'attachement du parent maltraitant s'active aussi. Le parent devient alors confus, angoissé, voire effrayé car la détresse de son enfant réactive ses propres traumatismes non résolus.

Que se passe-t-il alors ? Et bien le parent va d'abord essayer de calmer sa propre angoisse, son propre mal-être, et tenter de réguler ses propres émotions négatives.

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Maternité et abus sexuels : 9 obstacles

Bonjour,

Je vous parle aujourd'hui de conséquences particulièrement douloureuses pour les femmes qui ont été victimes d'agressions sexuelles dans leur enfance : leur difficulté à se considérer comme une bonne mère, et d'une manière plus générale, toutes leurs souffrances liées à la maternité.
Et j'utilise ici le mot maternité comme signifiant le fait d'être mère.


On connait bien les nombreuses conséquences, à court et à long-terme, des abus sexuels : mauvaise estime de soi, honte et culpabilité, perte de confiance, dépression, stress post-traumatique, crises d'angoisse, difficultés sexuelles, troubles alimentaires, douleurs physiques, automutilations, conduites à risques, tentatives de suicides, revictimisationdissociation, pour en citer quelques-unes.

Mais les conséquences qui touchent la maternité sont plus rarement décrites. 
La plupart des mères victimes d'abus sexuel voudraient être de meilleures mères que celles qu'elles ont eues et qui souvent les ont fait souffrir.
Elles ne veulent pas faire subir à leurs enfants ce qu'elles ont elles-mêmes vécu.

Certaines règleront le problème d'une manière radicale. Par peur de reproduire les agressions sur leurs propres enfants ou par peur d'être de trop mauvaises mères, elles renonceront très tôt dans leur vie à la maternité.

Mais celles qui ont des enfants souffrent très souvent de difficultés qui perturbent douloureusement leur rôle de mère. Certains obstacles les empêchent souvent d'être les mères qu'elles aimeraient être. Nous allons en aborder 9.

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Je suis mauvais et je me hais

Je suis mauvais et je me hais.
C’est malheureusement en ces termes que de nombreuses victimes de traumatismes subis dans l’enfance parlent d’elles. Mauvaise estime de soi, culpabilité, honte, haine de soi. Voilà leur quotidien depuis qu’elles sont enfants.
Comment en sont-elles arrivées à une telle vision d’elles-mêmes ? Comment comprendre cette souffrance ?
Le mot clé, c’est la
dissociation.

Quand le danger et le niveau de stress deviennent insupportables, ou quand le combat ou la fuite ne sont pas possibles, l’organisme doit trouver une solution pour éviter la destruction.
C’est la dissociation. C’est une réaction défensive, de protection, qui varie en intensité.
Elle va de l’engourdissement à la fragmentation, en passant par le clivage. Donc trois niveaux de dissociation, de protection, qui dépendront de l’importance du danger et des capacités de la victime à y faire face, c’est-à-dire de ses ressources.

L’engourdissement.

Beaucoup d’entre vous l’ont déjà expérimenté. Se sentir enveloppé dans du coton, de la gaze, ou comme si on sortait d’un état hypnotique, ou comme si on était sous l’effet de certains médicaments anesthésiants ou antalgiques.
Cet engourdissement permet d’atténuer toutes les sensations et les émotions.
L’annonce de la
mort d’un proche ou une agression sexuelle subie dans l’enfance produisent souvent cet engourdissement protecteur.

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Enfant maltraité, parent maltraitant ? La transmission intergénérationnelle de la maltraitance infantile

Bonjour,

Vous avez été maltraité dans votre enfance. Etes-vous condamné à maltraiter vos propres enfants ? Aujourd'hui je vous parle d'un problème très important : la répétition de la maltraitance infantile d'une génération à une autre.

On appelle ça la transmission intergénérationnelle de la maltraitance infantile.

Négligence et maltraitance infantile : deux faces d'une même pièce

La maltraitance infantile c'est comme une pièce. Elle a deux côtés.


Le côté pile, c'est ne pas faire ce qu'on devrait faire normalement avec son enfant. On l'oublie. On ne s'en occupe pas. On ne lui apporte pas ce dont il a besoin pour se construire, s'épanouir et se développer : nourriture, santé, hygiène, habillement, éducation, protection, amour, affection, disponibilité. C'est ce qu'on appelle la négligence.

Le côté face, c'est faire à son enfant ce qu'on ne devrait jamais lui faire : on est violent, on l'agresse sexuellement, on l'humilie ou on le dévalorise. On parle alors de maltraitance physique, sexuelle ou émotionnelle.

La maltraitance infantile est une pandémie mondiale. Vous savez tous maintenant ce que veut dire pandémie !

D'après l'OMS, un adulte sur 4 a été victime de maltraitance physique dans son enfance, et une femme sur 5 et un homme sur 13 ont subi des agressions sexuelles dans leur enfance.

Et ces chiffres sont très certainement sous-estimés.

Le cycle de la violence

La transmission de la maltraitance infantile fait partie du cycle plus large de la violence, qui montre que les enfants ayant subi de la violence ont plus de risques de devenir violents en grandissant. Que ce soit avec leurs enfants, avec les autres ou avec leur conjoint.

Cette idée que les parents qui ont été maltraités ont plus de risques de maltraiter leurs propres enfants repose quand même sur un certain nombre d'études sérieuses. Mais les résultats de ces études varient énormément en fonction de la manière dont elles ont été réalisées.

Le risque de reproduire la maltraitance varie en effet de 6 à 70 % ! Avec une moyenne autour de 20 à 30 %.

Deux croyances sur la maltraitance infantile

Si on demande aux gens ce qu'ils pensent de ce problème, on retrouve deux croyances très répandues :

  • Premièrement, que les personnes qui ont été maltraitées enfant risquent de maltraiter plus tard leurs propres enfants
  • Et deuxièmement, que les personnes qui maltraitent leur enfant ont été maltraitées elles-mêmes dans leur enfance.

Regardez ce schéma :

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Automutilation : sept bonnes raisons de se faire du mal

Vous avez probablement entendu parler de ces jeunes qui se scarifient ou se lacèrent les poignets, les avant-bras, les cuisses, le ventre, parfois le cou ou les organes génitaux, qui s'infligent des brulures avec des allumettes ou des cigarettes, ou qui se donnent des coups. On parle d'automutilation.

La majorité de ces jeunes sont des filles, adolescentes ou jeunes adultes. La proportion de garçons est beaucoup plus faible.

Parmi toutes les personnes qui s'automutilent, beaucoup ont été victimes d'agressions sexuelles dans leur enfance. Et certaines souffrent d'un trouble de la personnalité qu'on appelle "état-limite", ou borderline en anglais.

Définition

L'automutilation est un comportement répétitif et qui provoque des blessures modérées.

Il faut le distinguer de trois situations dans lesquelles les personnes peuvent se faire du mal :

  • D'abord des tentatives de suicide
  • Puis des automutilations très graves, comme le fait de s'arracher un œil ou de se castrer, qu'on retrouve chez des personnes psychotiques
  • Et enfin des comportements auto-agressifs qu'on peut voir chez certaines personnes atteintes d'un retard mental ou chez certains autistes.

Avant, pendant et après

Souvent, un événement déclenche le besoin de s'automutiler : une dispute, une rupture, une perte, un sentiment d'abandon.
La personne devient très tendue. Elle peut se sentir angoissée, en colère, triste ou effrayée.
Souvent, un état dissociatif s'installe en réaction à ces émotions envahissantes et incontrôlables.

Alors, la personne s'isole et s'automutile.
Beaucoup disent ne pas ressentir de douleur à ce moment-là.
Certains se sentent coupables ou dégoutés d'eux-mêmes après leur acte, mais la plupart se sentent mieux, apaisés, calmes, satisfaits. La tension, la colère, ou la dissociation ont disparu.

On interprète souvent les comportements d'automutilation comme des comportements autodestructeurs. Ce qui voudrait dire que ces personnes essayent de se détruire.

Et bien dans la plupart des cas, c'est tout simplement faux. Ce n'est pas la bonne explication. Elles se font du mal car se faire du mal les aide à survivre.

C'est paradoxal, non ? Essayons d'y voir plus clair.

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