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Nerf vague et système sympathique. Reconnaître les 6 niveaux d’activation neurovégétative pour réguler votre état et vivre mieux avec vous-même et avec les autres

Vous avez sans doute remarqué que notre organisme a la capacité de s'adapter à de nombreuses situations pour vivre et parfois survivre. Jouer, communiquer, digérer, apprendre, découvrir, se défendre par exemple.

Tout cela est possible grâce à une partie de notre système nerveux qu'on appelle le système nerveux autonome (SNA). Autonome car il ne dépend pas de notre volonté. Ça veut dire que son fonctionnement est automatique pour nous adapter le mieux possible à ce qui se passe dans notre corps et à l'extérieur de notre corps.

Si notre pression artérielle devient trop faible, notre SNA sait comment la faire remonter par exemple. Si je dois faire face à un danger, il mobilise mes ressources énergétiques pour fuir ou combattre.

Sympathique et parasympathique

Notre SNA a deux branches dont je vous ai déjà parlé. La branche sympathique fonctionne avec l’adrénaline et active notre corps. C’est elle qui nous permet de bouger, courir, nous défendre si besoin. La branche parasympathique fonctionne avec l’acétylcholine. Elle calme notre corps et nous permet de nous reposer, de récupérer, de digérer, de soigner nos blessures.

J'ai déjà expliqué dans mon blog la théorie polyvagale de Porges et le fonctionnement des deux branches, ventrale et dorsale, du nerf vague, qui est le composant principal du système parasympathique.

Six niveaux d’activation neurovégétative

Aujourd'hui, je voudrais vous montrer comment repérer où en est votre système nerveux autonome pour apprendre à modifier son niveau d’activation si cela se révèle nécessaire.

Je vais prendre une analogie. C'est un peu comme si votre organisme possédait une boite à 6 vitesses. Je ne compte pas le point mort, car notre organisme est programmé justement pour le fuir, évidemment. Je ne compte pas non plus le sommeil. Notre activation énergétique quand nous sommes éveillés peut passer par 6 niveaux différents, allant de la première vitesse qui se caractérise par un niveau d'activation très bas à la sixième qui correspond à l’activation maximale qui déclenche un coupe-circuit destiné à protéger le moteur.

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La vie normale

Dans notre vie quotidienne, nous pouvons passer par toutes ces vitesses. Ça dépendra bien entendu de ce que nous vivons. Il est préférable pour notre santé et notre bien-être de rester sur la deuxième ou la troisième vitesse car elles correspondent à la vie normale !

Tonus vagal trop faible

Première vitesse. Ici, le tonus du nerf vague, c’est-à-dire du parasympathique, est trop faible. A cette vitesse, on est léthargique, ralenti, sans force, sans énergie. C’est ce qui arrive quand on est déprimé ou endeuillé. Notre niveau d'activation est insuffisant. Le moteur tourne au ralenti.

On ressent une faiblesse musculaire, la respiration est superficielle, le cœur bat très lentement et la pression artérielle est basse. On est en retrait des autres.

Dans cet état, on a du mal à réfléchir à ce qu’on vit et à intégrer toutes les informations.

L’engagement social

Seconde vitesse. Pour accéder à cette vitesse, on doit d’abord se sentir en sécurité. On profite alors d’un état de calme qui nous permet de penser clairement et de nous engager dans des relations sociales. Comme dans la première vitesse, c'est le parasympathique qui dirige mais le niveau d'activation est plus élevé, tout en restant bas. Le tonus musculaire est plutôt relaxé, la respiration facile, souvent abdominale. Notre cœur est au repos et notre pression artérielle est normale.

Notre peau est sèche, nous salivons normalement et nos mains et nos pieds sont normalement chauds. La digestion s'active.

Cette seconde vitesse nous permet d’apprécier le calme, le plaisir, les sentiments amoureux et l’excitation sexuelle. Là on peut vraiment intégrer ce qu'on vit.

Faire face aux stress de la vie quotidienne

Troisième vitesse. Ici, la machine s'active et le compte-tour augmente un peu plus, tout en restant dans la zone saine. Le niveau d'activation reste modéré. C’est maintenant le système sympathique qui prend les commandes. On est nettement plus éveillé et on devient plus réactif et prêt à passer à l’action si besoin.. Nos muscles sont toniques, la respiration plus rapide, le cœur bat plus vite et plus fort et la pression artérielle augmente un peu.

La peau commence à transpirer. La salivation diminue, les extrémités deviennent plus fraîches, et la digestion ralentit. On reste en contact avec les autres et on peut intégrer ce qui nous arrive.

C’est à cette vitesse qu’on ressent des émotions comme l’anxiété, la colère, la honte ou le dégoût. C'est aussi à cette vitesse que l'orgasme survient. Bref, on peut faire face aux stress de la vie normale !

Fight or Flight

Quatrième vitesse. Maintenant, le compte-tour rentre dans le rouge. L'activation monte dangereusement. L'activité du système sympathique augmente. C'est ce qu'on appelle l'état fight or flight. Face à un danger, nous sommes alors prêts à nous battre ou à fuir.

Nos muscles sont tendus, on respire plus rapidement et souvent avec la partie haute de la poitrine. Le cœur bat nettement plus vite, et plus fort, et la pression artérielle grimpe. Les pupilles deviennent très dilatées et les yeux sont secs. La transpiration augmente. La bouche est sèche, et les extrémités sont froides. La digestion s'arrête. Le contact avec les autres devient limité, et on a du mal à intégrer ce qu'on est en train de vivre. On ressent surtout de la peur ou de la rage.

Freeze tonique

Cinquième vitesse. A cette vitesse, le compte tour s’approche du maximum autorisé. L'activation est très très forte. C'est toujours le sympathique qui dirige les choses. Dans cet état, la seule chose qu’on puisse faire est de guetter la moindre possibilité de fuir la situation.

C'est  un état d’immobilité tonique car nos muscles sont contractés, rigides. On est alors comme le lapin pris dans les phares de la voiture. Cet état correspond au terme « freeze » qui veut dire geler.

On respire très vite, notre cœur s'affole, la pression artérielle monte dangereusement. La bouche et les yeux sont très secs et on transpire. Le contact avec les autres est quasi-impossible, et on est incapable d’intégrer ce qui se passe car le cortex préfrontal est hors-jeu. L'émotion ici c'est la terreur. Et on peut commencer à se dissocier

Faire le mort

Sixième vitesse. Quand on arrive à ce niveau extrême d'activation, lorsque notre vie est en danger et qu’on ne peut ni combattre, ni fuir, un coupe-circuit entre en action pour protéger l'organisme, ou nous préparer à supporter l’insupportable.

Ce coupe-circuit correspond à l'activation de la branche dorsale du parasympathique, du nerf vague. Il provoque un état d’immobilité, de figement mais avec un relâchement musculaire, contrairement à ce qui se passe à la vitesse précédente où les muscles sont contractés. C'est ce qu'on appelle aussi faire le mort. Sympathique et parasympathique sont au maximum tous les deux. Nos muscles sont relâchés, on respire à peine, notre cœur bat très lentement, la pression artérielle devient très basse. Les paupières tombent, les yeux se ferment ou restent ouverts mais fixes. Les extrémités sont froides et la bouche très sèche. La digestion s'est arrêtée. On ne contrôle plus nos sphincters et on peut uriner ou déféquer sans le vouloir. Le contact avec les autres est impossible car on est trop dissocié et anesthésié pour sentir quoi que ce soit. Aucune intégration de ce qu’on vit n'est possible.

Cette 6e vitesse peut aussi être déclenchée par une intense douleur, un effort physique trop important ou le fait de rester debout trop longtemps. Elle s’exprime alors par un malaise qui peut aller jusqu’à la perte de connaissance, ce qu’on appelle une syncope vagale.

Apprendre à rétrograder

Vous voyez qu’il vaut mieux rester tranquillement en seconde ou troisième vitesse. Là, on profite pleinement de la vie !

Quand on est bloqué en première vitesse, la solution est d’activer la branche ventrale du nerf vague. Je vous renvoie à ma vidéo et à l’article de mon blog qui montrent comment procéder.

Mais quand on souffre de séquelles traumatiques, on est souvent en quatrième, cinquième voire sixième vitesse ! De nombreuses situations réactivent dans notre mémoire les traumatismes passés et notre corps réagit comme si nous étions encore en danger en train de subir ces événements alors qu’ils sont terminés !

Apprenez à bien repérer quand  la quatrième voire la cinquième s’enclenche pour réagir et mobiliser toutes vos ressources afin de rétrograder en troisième ou en seconde.

Moment présent et bons souvenirs

Pour bien maîtriser notre boîte de vitesses, il est indispensable de tout faire pour nous connecter au moment présent et aux sensations que nous apporte le monde extérieur : bien ressentir nos pieds sur le sol, entendre les sons extérieurs, toucher la texture d’un objet, rechercher différents objets de telle ou telle couleur, sentir un parfum par exemple. Le but est de nous éloigner de nos sensations internes qui nous trompent !

Un autre moyen est de se connecter avec des souvenirs agréables, que ce soit avec des gens qui nous ont fait du bien ou des endroits que nous avons vraiment appréciés. Faire appel à ces bons souvenirs réveille les sensations agréables que notre corps a enregistrées dans ces bons moments. Elles viennent contrebalancer les sensations pénibles liées au passé douloureux.

En réalité, il y a de nombreuses ressources disponibles pour revenir à un niveau d’activation agréable. Nous en verrons d’autres lors d’une prochaine vidéo.

Pour finir

J’espère que cette vidéo vous aidera à vous repérer dans vos réactions aussi bien physiques que psychologiques pour rester dans votre fenêtre de tolérance émotionnelle. Car c’est là que votre pensée est la plus claire et que la communication avec les autres est vraiment possible.

 A bientôt pour une autre vidéo !

Bibliographie

Rothschild, Babette. 2017. The body remembers. Volume 2, Revolutionizing trauma treatment (W. W. Norton & Company: New York).

 

Francois Louboff

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