15 décembre 2019

L’attachement entre adultes

L'attachement entre adultes


Aujourd’hui j’ai envie de vous parler de l’attachement entre adultes, c’est à dire de ce qui se passe quand on s’attache à un conjoint, un parent ou à un ami très proche.

Qu’est-ce que c’est l’attachement ?

Comment se construit-il ?

Comment peut-on le comprendre sur le plan biologique ?

C’est ce que nous allons voir dans un instant.

J’aborderai dans une autre vidéo ce qui se passe quand les liens d’attachement sont rompus à l’âge adulte.

Et une troisième vidéo vous donnera des pistes pour récupérer votre équilibre après une séparation.

​A quoi ça sert de nous attacher à un autre ?

Et bien on s’attache à un autre pour quatre raisons principales :

  • Premièrement, pour rester en contact : nous recherchons alors la proximité physique avec l’autre
  • Deuxièmement, pour obtenir confort et réassurance : l’autre nous sert alors de havre de paix
  • Troisièmement, pour pouvoir explorer le monde tout en sachant que notre figure d’attachement est disponible en cas de besoin : l’autre nous sert alors de base de sécurité
  • Enfin, on s’attache pour pouvoir manifester notre inquiétude et appeler à l’aide si nous sommes séparés trop longtemps : c’est ce qu’on appelle la détresse de séparation.

L’attachement est un conditionnement

Dans les relations amoureuses, l'intimité physique et sexuelle représente le moyen le plus rapide et le plus solide pour renforcer le lien.

Le plaisir répété que vous éprouvez avec votre partenaire fonctionne comme une récompense biologique pour votre cerveau et cette récompense renforce le lien entre vous deux.

C’est ce qu’on appelle un conditionnement.

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Et il y a une autre source de récompense pour votre cerveau qui contribue aussi à l’attachement.

C’est la capacité qu’a votre partenaire d’apaiser votre mal-être, votre détresse.

Donc, plus l’autre nous apporte du plaisir et soulage notre détresse, plus nous nous attachons à lui ou à elle.

​S’attacher pour se sentir en sécurité

Comme vous l’avez compris, on s’attache principalement pour se sentir en sécurité.

Notre système d’attachement s’active quand nous nous sentons en danger.

Que ce danger soit lié à une anxiété trop forte, une fatigue ou une maladie, ou qu’il vienne de l’extérieur, que ce soit un nouvel environnement ou un étranger par exemple.

Et notre système d’attachement se désactive dès que nous avons retrouvé notre sentiment de sécurité.

Il existe plusieurs types d’attachement mais leur but est toujours le même : se sentir de nouveau en sécurité.

L’enfant fait la même chose avec sa mère ou son père, et on connait bien les différents styles d’attachement, sécure ou insécures, qui se construisent lors des relations entre l’enfant et son parent.

Et on va retrouver ces mêmes styles d'attachement dans les relations amoureuses adultes.

Une expérience a montré quelque chose de très intéressant : quand le regard de l’enfant est bien synchronisé avec celui de sa mère ou de son père, cela renforce son système nerveux parasympathique, celui qui est associé au calme, au repos, à la cicatrisation, à la récupération.

J’en profite pour rappeler que quand l’enfant est laissé seul devant un écran, personne n’est en face de lui pour synchroniser son regard avec le sien.

Son système nerveux parasympathique ne se développe pas bien.

On comprend mieux pourquoi ces enfants ont des difficultés à réguler leurs états émotionnels.

Il est donc important que les parents puissent coordonner leur regard avec celui de leur enfant pour favoriser la maturation de son système parasympathique.

L’attachement permet la corégulation

Et bien chez des adultes qui se sont attachés l’un à l’autre, le but est toujours de se sentir en sécurité mais la relation est habituellement équilibrée et plus symétrique que dans l’attachement entre un enfant et son parent.

Chaque adulte intervient dans l’équilibre physiologique de son partenaire.

C’est ce qu’on appelle la corégulation.

Si la personne à laquelle nous sommes attachés est bien présente et disponible, nous conservons notre équilibre psychologique et biologique, c’est-à-dire notre homéostasie.

Cette corégulation nous permet donc de nous sentir en sécurité.

Et il ne s’agit pas simplement d’un sentiment psychologique de sécurité.

Il s’agit d’une sécurité inscrite dans des processus biologiques, physiologiques.

La régulation de notre équilibre est cachée

Le problème, c’est que cette régulation de notre équilibre psychologique et biologique reste cachée.

On ne la voit pas quand tout va bien.

C’est seulement quand on se trouve confronté à une séparation, c’est à dire quand notre lien d’attachement est rompu, qu’on se rend compte de l’existence de cette régulation.

En effet, la rupture du lien d’attachement déclenche des manifestations visibles et douloureuses, qui ne sont que les symptômes du déséquilibre physiologique créé par la séparation.

On le voit facilement chez l’enfant quand on étudie les relations entre les mères et leur enfant.

Quand la mère n’est plus là physiquement ou n’est plus disponible émotionnellement, l’enfant s’arrête de jouer, il s’agite et il dort mal.

L’autre est un synchronisateur de notre biologie

D’autres arguments renforcent cette idée que la personne dont nous sommes très proche agit comme un régulateur de notre équilibre psychologique et biologique.

Et réciproquement, c’est-à-dire que nous servons de régulateur à l’autre pour son propre équilibre.

C’est pour cela qu’on parle de corégulation.

On sait que beaucoup de nos comportements et de nos fonctions physiologiques sont dépendantes de notre environnement.

Le sommeil, la faim, la soif, la température de notre corps, nos sécrétions d’hormones par exemple sont régulés par des signaux extérieurs comme l’alternance jour-nuit, bruit-silence, ou chaud-froid.

Ces signaux extérieurs agissent sur nos horloges biologiques internes.

Qu’est-ce qui se passe quand on isole des gens pendant plusieurs jours dans des caissons d’isolation sensorielle, dans le noir, le silence et sans aucun moyen de se repérer dans le temps ?

Et bien ces personnes se mettent à souffrir de certains troubles qui ressemblent beaucoup à ce que décrivent les personnes en deuil : troubles du sommeil, nervosité, anxiété, perte d’appétit, et même hallucinations.

Les chercheurs en ont tiré une conclusion étonnante : les partenaires amoureux servent à maintenir chez l’autre un équilibre biologique, exactement comme le font les régulateurs naturels extérieurs qu’on vient de voir.

Si nous perdons notre partenaire, nous perdons quelque chose qui nous régulait et nos systèmes biologiques deviennent perturbés.

​Les relations sociales aussi

Mais il n’y a pas que les relations amoureuses qui sont capables de réguler et de synchroniser nos rythmes biologiques et corporels.

Plusieurs chercheurs pensent que les interactions sociales régulières le font également.

Dans les relations amicales, ou d’autres attachements non amoureux, les mêmes processus interviennent donc probablement, mais d'une manière plus lente et moins puissante.

​Comment fonctionne ce conditionnement ?

​L’ocytocine

Avez-vous déjà entendu parler de l’ocytocine ?

C’est une petite molécule constituée de quelques acides aminés, fabriquée par l’hypothalamus et stockée dans l’hypophyse.

Elle est fabriquée dans des situations très nombreuses : pour renforcer le lien entre la maman et son bébé, lors de l’accouchement, pendant les soins prodigués au bébé et pendant l’allaitement, pour renforcer le lien entre les partenaires amoureux lors des relations sexuelles et des relations intimes, aussi bien chez la femme que chez l’homme.

Et l’ocytocine joue le même rôle chez les autres mammifères.

D’ailleurs, elle n’existe que chez les mammifères, tout comme la vasopressine, une autre petite molécule assez semblable et qui agit un peu de la même façon.

Mais comment l’ocytocine parvient-elle à réduire le stress ?

Elle rééquilibre le système nerveux autonome.

Cela veut dire qu’elle diminue l’activité de la branche sympathique du système nerveux, celle qui nous permet de faire face aux dangers.

Elle réduit donc la fabrication d’adrénaline et de cortisol, nos fameuses hormones du stress.

Et en même temps, elle augmente l’activité de la branche parasympathique du système nerveux, c’est-à-dire du nerf vague.

Et vous savez que parasympathique égale apaisement et récupération !

Les adultes qui nouent et maintiennent des attachements sécurisants et durables auront donc plus d’ocytocine dans leur cerveau.

Les réactions de stress seront donc réduites et le fonctionnement du nerf vague sera facilité. L’ocytocine aide à soulager la détresse.

Elle contribue donc à l’attachement.

Les opioïdes endogènes

D’autres molécules sont très importantes dans les contacts sociaux. Elles ressemblent à l’opium.

C’est pour cela qu’on les appelle des opioïdes endogènes. Endogènes car elles ne viennent pas de l’extérieur mais elles sont fabriquées par notre cerveau.

Quand vous être en relation avec d’autres humains, votre cerveau est récompensé par la fabrication de ces opioïdes.

Et c’est ainsi qu’une addiction, une dépendance apparait.

Pour recevoir votre dose d’opioïdes, vous allez rechercher de nouveaux liens sociaux et entretenir ceux qui existent déjà.

Une addiction sociale, un attachement apparait.

Quand vous êtes en contact avec un autre, que ce contact soit social ou sexuel, votre cerveau fabrique donc de l'ocytocine et des opioïdes endogènes.

Et quand la fabrication de ces deux molécules est associée de manière répétée à une personne particulière, cette personne devient une figure d'attachement capable d’apporter la sensation de sécurité tant recherchée.

L’ocytocine et les opioïdes endogènes apportent ainsi la base biologique du sentiment de sécurité et des liens d’attachement en réduisant le sentiment de détresse.

​Conclusion

S’attacher à un autre membre de notre espèce nous aide, par des phénomènes biologiques de synchronisation et de régulation mutuelle, à réduire notre détresse émotionnelle.

Cette corégulation synchronise nos fonctions biologiques avec celles de notre partenaire, de notre figure d’attachement.

Tout se passe comme si on se branchait sur l’autre pour rétablir l’équilibre de nos systèmes biologiques.

Quand tout va bien, que l’autre reste disponible, on ne se rend pas compte de cette corégulation.

Que se passe-t-il dans notre organisme quand ce lien d’attachement est rompu et quand la corégulation laisse la place à la dérégulation ?

Et bien si vous voulez mieux comprendre la souffrance qui surgit quand nous perdons un être très proche, je vous donne rendez-vous dans une prochaine vidéo !

A bientôt !

Bibliographie

Coregulation, Dysregulation, Self-Regulation: An Integrative Analysis and Empirical Agenda for Understanding Adult Attachment, Separation, Loss, and Recovery
David A. Sbarra and Cindy Hazan, Pers Soc Psychol Rev 2008; 12; 141
DOI: 10.1177/1088868308315702


Francois Louboff

Francois Louboff

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